Topographie, d’être en marge

 Urne mémorielle 02/Topographie, 2025, grès émaillé, 30x22x22cm 

Déchets, 2025, photographie argentique imprimée sur plaque aluminium exemplaire unique, 75x50cm

Issue de secours, 2025, photographie argentique imprimée sur plaque aluminium exemplaire unique, 75x50cm

Corps écorché, 2023, grès et métal, 100x50x8cm

Egle Simkus, Topographie d’être en marge, Le Nouveau Printemps 2026, Lieu Commun Toulouse
Vue d’installation de Topographie d’être en marge par Egle Simkus

Ce projet réunit un ensemble de photographies et de sculptures à travers lesquelles j’explore les notions d’exil, de déracinement, de mémoire et d’appartenance. L’installation prend la forme d’une cartographie sensible où le corps devient le lieu d’inscription des déplacements, des ruptures et des transformations identitaires. Née en Lituanie et arrivée en France à l’âge de neuf ans, j’ai connu avec ma famille une période de grande précarité. De cette expérience demeure une familiarité profonde avec les espaces délaissés, les objets abandonnés et les territoires périphériques. Ces éléments constituent aujourd’hui la matière première de mon travail. Ils deviennent les témoins silencieux de mon histoire personnelle, mais aussi les marqueurs d’une expérience largement partagée par celles et ceux qui vivent l’exil.

Les photographies présentées dans l’installation explorent cette relation au réel. À travers le verre brisé ou le miroir fragmenté, je révèle des paysages inattendus et des formes de beauté dissimulées dans la banalité du quotidien. L’image devient un espace de projection où ce qui paraît dégradé ou insignifiant se charge d’une dimension poétique et universelle.

L’amphore suspendue, réalisée en céramique, prend la forme d’une urne. Elle agit comme un contenant symbolique destiné à accueillir les traces d’une expérience passée. Évoquant un artefact archéologique, elle apparaît comme le vestige d’une identité en transformation, la mémoire matérielle d’un chemin parcouru.

La sculpture en céramique et métal fonctionne quant à elle comme une figure du voyageur. Son corps, réduit à une structure de tensions, de nœuds et de vides, porte les marques de l’errance et de l’observation. À la fois fragile et résistante, cette forme suspendue incarne pour moi la persistance du vivant face aux bouleversements de l’exil.

À travers cette installation, j’envisage la marge comme une condition à la fois géographique, sociale et corporelle. Être étrangère dans un pays implique souvent une expérience de décalage permanent : évoluer à la périphérie d’une langue, d’une histoire commune ou d’une mémoire collective. Cette distance façonne durablement notre regard et transforme notre manière d’habiter le monde. J’interroge dans Topographie, d’être en marge la manière dont les déplacements, les ruptures et les expériences de déracinement façonnent durablement les corps et les imaginaires. Cette installation propose une réflexion sur les formes de résistance qui émergent face à la perte, tout en affirmant la capacité du regard à produire du sens, de la beauté et de nouveaux récits d’appartenance.

Le projet a été présenté en mai 2026 à Toulouse dans le cadre du festival d’art contemporain Le Nouveau Printemps, puis de juillet à octobre 2026 à Andorre-la-Vieille, au sein de l’exposition collective Entre les deux, des chemins, sous le commissariat de Clément Postec et Manuel Pomar.

ENG : This project brings together a body of photographs and sculptures through which I explore notions of exile, displacement, memory, and belonging. The installation takes the form of a sensitive cartography in which the body becomes a site where movement, rupture, and transformations of identity are inscribed. Born in Lithuania and having moved to France at the age of nine, I experienced a period of severe precarity alongside my family. This experience left me with a deep familiarity with neglected spaces, abandoned objects, and peripheral territories. These elements now form the raw material of my practice. They become silent witnesses to my personal history, while also reflecting an experience shared by many of those who live through exile.

The photographs presented within the installation explore this relationship to reality. Through broken glass and fragmented mirrors, I reveal unexpected landscapes and forms of beauty concealed within the ordinariness of everyday life. The image becomes a space of projection, where what initially appears damaged or insignificant takes on a poetic and universal dimension.The suspended amphora, made of ceramic, takes the form of an urn. It acts as a symbolic vessel intended to hold the traces of a past experience. Evoking an archaeological artefact, it appears as the remnant of an identity in transformation, the material memory of a journey undertaken.

The ceramic and metal sculpture, meanwhile, functions as a figure of the traveller. Its body, reduced to a structure of tensions, knots, and voids, bears the traces of wandering and observation. Both fragile and resilient, this suspended form embodies, for me, the persistence of life in the face of the upheavals of exile.Through this installation, I approach the margins as a condition that is simultaneously geographical, social, and embodied. To be a foreigner in another country often entails a persistent sense of dislocation: existing at the edges of a language, a shared history, or a collective memory. This distance profoundly shapes the way we see and transforms the way we inhabit the world.

In Topography of Being on the Margins, I examine how displacement, rupture, and experiences of uprooting leave lasting imprints on bodies and imaginaries. The installation reflects on the forms of resistance that emerge in response to loss, while affirming the capacity of the gaze to create meaning, reveal beauty, and generate new narratives of belonging.

The project was presented in Toulouse in May 2026 as part of the contemporary art festival Le Nouveau Printemps, and subsequently in Andorra la Vella from July to October 2026 as part of the group exhibition Entre les deux, des chemins, curated by Clément Postec and Manuel Pomar.

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