Topographie, d’être en marge

Topographie, d’être en marge réunit un ensemble d’œuvres qui interrogent les notions d’exil, de déracinement, de mémoire et de transformation du corps à travers une approche sensible de l’espace et du paysage contemporain. L’installation se construit comme une cartographie intime, où objets, images et formes sculpturales deviennent les traces d’une expérience vécue du déplacement et de la marginalité. Le projet prend sa source dans une expérience autobiographique liée à l’immigration et à la précarité. À mon arrivée en France, ma famille et moi avons vécu un temps dans la rue et dans des conditions de grande instabilité. Cette expérience a profondément modifié mon rapport aux objets, aux espaces urbains et aux territoires périphériques. Les rebuts, les lieux abandonnés, les matériaux pauvres ou les architectures délaissées sont progressivement devenus des espaces de projection et d’identification.

L’installation envisage ainsi l’expérience de l’exil comme une expérience à la fois physique, psychique et sensorielle. Être étrangère implique un déplacement permanent : celui du corps dans l’espace social, mais également celui de la mémoire et du langage. Le projet s’attache à traduire cet état de décalage, cette sensation d’occuper une position périphérique vis-à-vis d’une culture, d’une mémoire collective et d’un territoire. La mémoire collective apparaît ici comme un élément fondamental dans la construction du sentiment d’appartenance. Son absence ou son éloignement peuvent engendrer des formes d’isolement et de fragmentation intérieure. Dans ce contexte, les éléments les plus ordinaires de l’environnement urbain — signalétique, infrastructures techniques, déchets, matériaux industriels — deviennent des repères sensibles, capables de produire une première mémoire de l’exil.

Les deux photographies présentées dans l’installation s’intéressent précisément à cette capacité des matières pauvres à générer de nouveaux espaces de perception. Le verre brisé et le miroir fragmenté agissent comme des surfaces de transformation du réel, révélant une beauté cachée au sein même de la banalité ou de la dégradation. À travers ces images, le quotidien devient un espace de projection mentale, où le regard permet de déplacer la perception des choses ordinaires.

Depuis mon départ de Lituanie, cette recherche d’une forme de beauté au sein d’environnements hostiles constitue une manière de résister au déracinement et de réinvestir l’expérience de l’exil.

L’amphore suspendue dans l’espace prend la forme d’une urne. Elle fonctionne comme un contenant symbolique, un espace de conservation où viennent se déposer les traces d’un parcours, d’une mémoire et d’une identité en transformation. Présentée comme un artefact archéologique, elle témoigne d’une histoire individuelle tout en convoquant une dimension plus universelle liée à la migration et à la disparition.

La sculpture suspendue en céramique et métal s’apparente quant à elle à une figure anthropomorphe. Elle évoque un corps en tension, marqué par l’errance, l’épuisement et la recherche d’un ancrage. Fragmenté, traversé par le vide, ce corps conserve néanmoins une capacité de résistance et de reconstruction. Il devient le symbole d’une subjectivité en déplacement permanent, oscillant entre fragilité et persistance.

À travers cet ensemble, Topographie, d’être en marge propose une réflexion sur les effets de l’exil et de la précarité sur les corps et les imaginaires contemporains. Le projet interroge la manière dont les expériences de déplacement transforment durablement les individus, modifient leur rapport au territoire et produisent de nouvelles formes sensibles d’habitation du monde.

INSTALLATION PRÉSENTÉE EN MAI 2026 AU FESTIVAL D’ART CONTEMPORAIN LE NOUVEAU PRINTEMPS À TOULOUSE

EXPOSITION COLLECTIVE «ENTRE LES DEUX, DES CHEMINS» AU LIEU COMMUN

COMMISSAIRES D’EXPOSITION : CLÉMENT POSTEC ET MANUEL POMAR.

Topography/amphora 30x22x22cm

Photography 50x75cm

Sculpture 50x100cm

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