Topographie, d’être en marge

Ce projet réunit un ensemble de photographies et de sculptures à travers lesquelles j’explore les notions d’exil, de déracinement, de mémoire et d’appartenance. L’installation prend la forme d’une cartographie sensible où le corps devient le lieu d’inscription des déplacements, des ruptures et des transformations identitaires. Née en Lituanie et arrivée en France à l’âge de neuf ans, j’ai connu avec ma famille une période de grande précarité. De cette expérience demeure une familiarité profonde avec les espaces délaissés, les objets abandonnés et les territoires périphériques. Ces éléments constituent aujourd’hui la matière première de mon travail. Ils deviennent les témoins silencieux de mon histoire personnelle, mais aussi les marqueurs d’une expérience largement partagée par celles et ceux qui vivent l’exil.

Les photographies présentées dans l’installation explorent cette relation au réel. À travers le verre brisé ou le miroir fragmenté, je révèle des paysages inattendus et des formes de beauté dissimulées dans la banalité du quotidien. L’image devient un espace de projection où ce qui paraît dégradé ou insignifiant se charge d’une dimension poétique et universelle.

L’amphore suspendue, réalisée en céramique, prend la forme d’une urne. Elle agit comme un contenant symbolique destiné à accueillir les traces d’une expérience passée. Évoquant un artefact archéologique, elle apparaît comme le vestige d’une identité en transformation, la mémoire matérielle d’un chemin parcouru.

La sculpture en céramique et métal fonctionne quant à elle comme une figure du voyageur. Son corps, réduit à une structure de tensions, de nœuds et de vides, porte les marques de l’errance et de l’observation. À la fois fragile et résistante, cette forme suspendue incarne pour moi la persistance du vivant face aux bouleversements de l’exil.

À travers cette installation, j’envisage la marge comme une condition à la fois géographique, sociale et corporelle. Être étrangère dans un pays implique souvent une expérience de décalage permanent : évoluer à la périphérie d’une langue, d’une histoire commune ou d’une mémoire collective. Cette distance façonne durablement notre regard et transforme notre manière d’habiter le monde. J’interroge dans Topographie, d’être en marge la manière dont les déplacements, les ruptures et les expériences de déracinement façonnent durablement les corps et les imaginaires. Cette installation propose une réflexion sur les formes de résistance qui émergent face à la perte, tout en affirmant la capacité du regard à produire du sens, de la beauté et de nouveaux récits d’appartenance.

INSTALLATION PRÉSENTÉE EN MAI 2026 AU FESTIVAL D’ART CONTEMPORAIN LE NOUVEAU PRINTEMPS À TOULOUSE

EXPOSITION COLLECTIVE «ENTRE LES DEUX, DES CHEMINS» AU LIEU COMMUN

COMMISSAIRES D’EXPOSITION : CLÉMENT POSTEC ET MANUEL POMAR.

 Urne mémorielle 02/Topographie, 2025, grès émaillé, 30x22x22cm 

Déchets, 2025, photographie argentique imprimée sur plaque aluminium exemplaire unique, 75x50cm

Issue de secours, 2025, photographie argentique imprimée sur plaque aluminium exemplaire unique, 75x50cm

Corps écorché, 2023, grès et métal, 100x50x8cm

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